LA GRÈVE (suite...)Le 2 octobre, il y eut des
LA GRÈVE (suite...)
Le 2 octobre, il y eut des discussions assez vives dans la carrière, après le discours de Maurice Thorez. Le leader du Parti communiste avait déclaré qu'il était temps « d'imposer un gouvernement démocratique ». Ça faisait suite à l'expulsion, en mai, des ministres communistes par Daladier. Tout de suite on entendit parler de grève et, à la mi octobre, les tailleurs et une bonne partie des carriers débrayèrent. Ils organisèrent un piquet de grève et la carrière s'arrêta. Papa en était et, bien sûr, je le suivis.
Grand-père me raconta les grandes grèves du printemps 1911. Les deux revendications essentielles portaient sur la journée de travail qu'ils demandaient de limiter à dix heures au lieu de douze - « Il faut savoir qu'en 1886 ton arrière-grand-père s'était bagarré pour la réduire de seize à douze ! Tu vois le chemin parcouru en soixante ans !... » - et sur le fait de ne plus être salarié à la tâche mais d'être « heuré ». Ils avaient tenu bon d'avril à août, cinq mois avant que les patrons-carriers cèdent. Ils avaient essayé de casser le mouvement en faisant protéger les jaunes par les gendarmes mais ça avait donné lieu à des bagarres rangées et finalement le sous-préfet avait poussé pour la négociation. Ils avaient concédé pour les tailleurs de cinquante à soixante centimes de l'heure, soit cinq à six francs la journée, et quatre pour les carriers.
(à suivre...)