Nouvel épisode...
La grève
En quelques semaines, je me sentais aux Glachoirs comme chez moi. Il y avait une centaine d'ouvriers mais très vite, je les connaissais tous. On disait carriers mais en réalité ils exerçaient différentes professions. Les terrassiers dégageaient la terre végétale, le banc de caillasse et le purgement pour mettre à jour les bancs de pierre. Les carriers extrayaient la pierre. Les moellonneurs intervenaient en pied de chantier et parementaient la pierre (lisse, layée, rustiquée ou bosselée à la mode italienne). Le tailleur taillaient la pierre aux dimensions voulues pour la construction. Le calepineur transférait le projet architectural en termes opérationnels et l'appareilleur préparait les gabarits de chaque élément. Entre-deux le scieur pouvait débiter les blocs. Les forgerons et les mécaniciens assuraient l'intendance et fabriquaient l'outillage manuel. Les bardeurs, les charretiers, les bourreliers (puis les grutiers) assuraient le transport des blocs dans la carrière puis jusqu'au port et, à partir des années 1860, jusqu'au train à voie métrique.
Bien sûr, comme tous les mousses, je faisais les petites courses des carriers, une bouteille de vin par ci, une tranche de pâté par là ou une baguette de pain, mais …. nous laissait peu à peu nous essayer à la taille. J'adorais ça. Jojo, lui, préférait l'extraction. La haveuse le fascinait quand elle creusait impeccablement la paroi. Pourtant tout le monde se méfiait des machines. Les syndicalistes disaient qu'elles seraient les fossoyeurs des carriers.
(à suivre...)