Histoire de Georges (suite)
Ce matin-là, le jour ne s'est pas vraiment levé. L'air était sale et poussiéreux. Les premiers qui sont sortis dans la clarté n'ont rien dit. Ils sont restés plantés là, muets, anéantis par le spectacle : Saint-Max avait disparu ! Il ne restait plus pierre sur pierre, ni cheminée, ni toit, ni bardage ; plus de lucarne, de fenêtre ni de balcon ; rien qu'un champ de ruines. Rien que maisons arrachées, démantibulées. Plus rien de la Poterne : des briques à terre, des pierres, des bouts de bois calcinés. Plus rien de la ville. Le bombardement avait éventré le sol, excavé les rues et les places, culbuté tout cul par-dessus tête. On ne distinguait plus où serpentaient les chemins familiers, comme si plus jamais l'on ne pourrait poser le pied là où nous avions marché, couru. Comme si plus jamais la vie ne pourrait renaître en ces lieux passés par le feu. La ville avait été engloutie.
Nous, nous étions vivants. Ou c'était tout comme…
(à suivre...)